Alors que le génocide des Albanais puis la " guerre du
Kosovo " faisaient rage aux Balkans, je me suis demandé pourquoi lEurope
en était arrivée là, une fois de plus !
Ayant pour ma part vécu plus de trente ans en Allemagne et travaillé dans des milieux
européens à la source de linformation, jai ressenti la nécessité de faire
le point de la situation pour en élucider les tenants et les aboutissants.
Une chose est certaine, plus on prétend " avancer " sur la route
de lunification européenne, plus on sen éloigne, car plus on a peur de
perdre ce que nous avons de plus sacré: notre identité. Cette crainte vient de la fausse
image que nous avons de lEurope, celle dune concentration outrancière de tous
les pouvoirs entre les mains de gens apatrides nayant finalement de comptes à
rendre à personne, sinon à un parlement européen démuni de tout pouvoir : une
Europe tronquée sinon trompée !
Charles de Gaulle, le grand fossoyeur de lEurope des peuples et des citoyens,
sest bien gardé de préciser que " laréopage " de
Bruxelles, quil dénonçait, nétait quun fantasme venant de celui qui a
donné à la Monarchie présidentielle en France plus de pouvoirs que ceux de la
Reine dAngleterre et du Président américain réunis !
Décrier le fédéralisme de type helvétique, par exemple, cest dabord
refuser aux peuples et aux citoyens le droit à une identité propre, un droit que la Déclaration
des Droits de lHomme a, hélas, passé sous silence et qui a valu trois guerres
à la France : 1870, 1914 et 1939, trois guerres qui furent le contrecoup du jacobinisme
bonapartiste et de lagression napoléonienne contre les peuples européens.
Ce jacobinisme est toujours à luvre à Paris et constitue le plus grave
obstacle à lépanouissement de lEurope des peuples, qui passe en France par
une structuration des identités régionales. Proclamer la liberté des peuples de France,
cest ce que voulait Danton et qui lui valut la guillotine de Robespierre. La
République ne sest toujours pas affranchie du lourd héritage de la Terreur. Si
lEurope doit se faire, ce sera luvre des peuples et non celle dun
quelconque " aréopage " élyséen ou bruxellois.
Voilà le message profond de la " Lettre aux Maires de France ".
Le peuple serbe nous a montré que tout véritable changement vient des citoyens et non de
ceux qui les gouvernent. Encore faut-il savoir dans quelle direction aller et ce que
lon peut y gagner.